Pour cette sixième édition des Toges du Point, le jury* a désigné ses « coups de cœur » parmi la vingtaine de cabinets présélectionnés à l’issue d’un premier tour de table.
Contentieux, technologie responsable, lutte contre les violences envers les femmes, droit au logement d’urgence, innovation en matière de santé : cinq cabinets ont été choisis pour leurs engagements, pour les valeurs qu’ils promeuvent, pour les procès inédits qu’ils intentent et les victoires obtenues. Félicitations !
• L’ESPOIR – CÉDRIC DUBUCQ : l’architecte des contentieux complexes

Au pragmatisme du talentueux Philippe Bruzzo, qu’il a rejoint en 2015, Cédric Dubucq a ajouté sa créativité décapante. En quelques années, le brillant juriste de 36 ans, lauréat de la Conférence du stage, a fait grimper l’effectif du cabinet aixois de deux à une vingtaine d’avocats et favorisé l’ouverture de bureaux à Paris et à Bruxelles. Là où il redouble d’ingéniosité ? La « guerre juridique » asymétrique que les petits acteurs livrent aux géants économiques. Son approche offensive de ces contentieux complexes, inspirée de la culture anglo-saxonne, conjugue l’intelligence économique et l’orthodoxie académique.
On lui doit, notamment, pour son client France Digitale, la première condamnation d’Apple par la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil) pour violation des données personnelles. Avec l’équipe contentieuse du cabinet qu’il codirige, il conduit l’action collective contre Uber au nom de 2 500 taxis et accompagne le Collectif des investisseurs d’Orpea (devenu Emeis) face à l’ancien conseil d’administration de la société qu’il tient pour responsable de son naufrage.
• L’ÉQUIPE – PARALLEL : un ancrage à 360° dans l’écosystème de la Tech

Cette équipe soudée de sept avocats accompagne, depuis sa création, en 2017, des entreprises technologiques et innovantes sur leurs enjeux stratégiques. En 2024, elle a conseillé la start-up Entalpic dans sa levée de fonds pour décarboner la chimie industrielle grâce à sa plateforme d’IA générative. Elle a aussi assisté Yousign, l’un des leaders européens de la signature électronique, dans le cadre de l’entrée à son capital de Bpifrance, et épaulé Datakalab, spécialisé dans la compression d’algorithmes, dans son rachat par Apple.
Parallel, c’est un aussi un « univers », avec sa constellation d’experts sur des sujets de pointe. À l’opposé d’une brochure marketing, sa revue Third, éditée annuellement, est une fenêtre ouverte, pluridisciplinaire, sur la révolution numérique. On y découvre des articles sur la surexposition aux écrans, sur le marché du streaming et ses enjeux de concurrence ou encore sur la sécurisation des câbles sous-marins, par lesquels transite l’essentiel du trafic Internet mondial, face aux risques de sabotage et d’espionnage. Un écosystème précieux pour les entreprises en quête de développement.
• LA CAUSE – ANNE BOUILLON : contre les violences envers les femmes et pour l’égalité
Lorsqu’elle défend une femme victime de viol, de tentative de meurtre, de sexisme ou de traite d’êtres humains, lorsqu’elle plaide pour une prostituée nigériane ou une migrante en situation de handicap, la Nantaise Anne Bouillon convoque la dimension culturelle et systémique de la violence – « entretenue pour garantir la perpétuation de la domination masculine » –, comme le faisait Gisèle Halimi, son « modèle de défense engagée, politique et militante ».
Du haut de son presque quart de siècle à la « barre », précédé de plusieurs missions humanitaires au Liban et en Bosnie, la petite-nièce de Joséphine Baker assume être une « avocate de cause ». « Renoncer à défendre les hommes poursuivis pour des violences sexuelles et sexistes, intrafamiliales et conjugales me donne une liberté de parole, une crédibilité », confie l’ancienne major du Centre de formation des avocats de Marseille.
Son cabinet 100 % féminin, équipé d’une cuisine, d’une douche et d’une salle de jeu pour les enfants, est un « lieu refuge » pour ses clientes. Mais les maris qui divorcent, les pères qui veulent exercer leurs droits et les hommes victimes de violences y ont aussi leur place, rassure-t-elle.
Son combat contre la violence « dévastatrice et aliénante », contre les stéréotypes de genre et les biais sexistes se déploie aussi à l’Assemblée nationale, dans les collèges et sur les plateaux de télé. Son livre Affaires de femmes, une vie à plaider pour elles (L’Iconoclaste, 2025) mêle les récits de ses clientes à son expérience d’avocate, née au féminisme le jour où un procureur lui empoigna le bras, la fit pivoter et la poussa dans le couloir du palais de justice.
• L’AVANCÉE DU DROIT – SAMY DJEMAOUN : garantir un hébergement d’urgence pérenne, digne et adapté

« J’ai compris qu’il ne suffisait pas de dénoncer l’injustice, il fallait donner sa vie pour la combattre. » Cette réflexion d’Albert Camus dans Les Justes résume l’engagement de Samy Djemaoun. Ce spécialiste de droit public de 32 ans défend, à côté de ses dossiers en droit des étrangers et des contentieux disciplinaires, le droit à l’hébergement d’urgence des familles qui dorment dans la rue avec des enfants en bas âge. « La priorité absolue, c’est avoir un toit et ne pas avoir froid. Le contentieux est un puissant levier pour contraindre l’administration à remplir sa mission de service public. »
En janvier 2023, il obtient une victoire historique : l’État doit désormais garantir aux familles un hébergement « pérenne », « adapté » et « assorti d’un accompagnement social ». Cette jurisprudence du Conseil d’État sera, en décembre 2024, élargie aux départements et « solennellement » réaffirmée en janvier 2025. « Cela évite de saisir le tribunal à chaque fois qu’une famille est remise à la rue après une mise à l’abri temporaire. »
Me Djemaoun est à l’origine d’une autre « avancée inédite », en janvier 2025 : l’obligation pour la Ville de Paris de proposer un hébergement « digne » à une ressortissante ivoirienne et à ses enfants de 1 an et de 2 ans, abrités « dans un gymnase, sans eau chaude et sans draps », finalement « pris en charge dans une structure hôtelière ». L’avocat, dont le nom figure sur la liste des « coupables » de « l’invasion migratoire » publiée par le magazine d’extrême droite Frontières, a permis de procurer un toit à des centaines de familles en détresse.
• LE PIONNIER – ANODYS : à la croisée de la médecine et de l’innovation

Anodys, fondé par Mylène Bernardon et Anne-Laure Giraudeau, fin 2024, ne se contente pas de dresser un pont entre la médecine et le droit. Le cabinet s’engage à « favoriser l’innovation en santé » et à accompagner les médecins dans l’aventure entrepreneuriale. « C’est la clé de leur épanouissement et cela pourrait aussi endiguer la crise des vocations », plaident-elles. Ceux qui ont franchi le pas partagent leur expérience sur le podcast Doctopreneur.
Rompues aux rouages du monde de la santé, les avocates bataillent pour lever les freins à la constitution de sociétés d’exercice libéral par les praticiens hospitaliers qui ont « une culture développée de l’innovation puisqu’ils réalisent de nombreux essais cliniques ». Elles défendent auprès des conseils de l’Ordre les projets qui « répondent à un véritable besoin de santé » tout en étant conformes « à l’esprit de la déontologie ».
Anodys s’appuie sur un solide réseau de partenaires (avocats, experts-comptables, notaires…) pour optimiser ses services, qu’il s’agisse d’enjeux de réputation, de régler des conflits avec des confrères ou d’assister ses clients au pénal. De quoi hisser cette jeune structure de niche au rang de référence incontournable, dans sa spécialité §
* Le jury

© (Elodie Gregoire)
Le jury des Toges 2025 était présidé par Sandrine Clavel (assise au milieu), professeure à l’université Paris-Saclay (UVSQ), aux côtés de : Évelyne Sire-Marin, présidente honoraire de chambre près la cour d’appel de Versailles ; Christophe Roquilly, professeur et directeur de l’Edhec Augmented Law Institute ; Laurence Neuer, docteure en droit, journaliste au Point ; Denis Baranger, professeur de droit public à l’université Paris-Panthéon-Assas ; Florence Henriet, consultante, autrice du Guide des cabinets d’avocats d’affaires (Les éditions du Management).

