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Auteur

Laurence Neuer

Publié le

21 Avr. 2022

Le Point

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Jury « Le Point » : les meilleurs cabinets d’avocats 2022

Publié le

21 Avr. 2022

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PALMARÈS DES AVOCATS. Cinq cabinets pour cinq catégories ont été retenus pour cette troisième édition des Toges du « Point ».

Méthodologie

Les membres du jury ont proposé des cabinets « coups de cœur » dans cinq catégories : moins de 20 avocats ; entre 20 et 100 avocats ; l’équipe de l’année dans les cabinets de plus de 100 avocats ; meilleur lancement de cabinet de l’année ; cabinet qui a le plus fait progresser le droit en 2021. Le jury en a retenu une vingtaine, puis a demandé à chacun de préciser en quoi il s’était particulièrement distingué en 2021. Le jury s’est réuni une seconde fois pour désigner les cinq lauréats.

DANTE : Pionnier de l’action de groupe « santé »

Est-ce la bouille inspirée de Malice, le cocker anglais nommé « Chief Happiness Officer » du cabinet ? Ou le cours de gym où se défoulent associés et collaborateurs ? Chez Dante, la bonne humeur règne en maître. Une ressource précieuse pour accompagner les victimes de dommages corporels liés à des accidents de la route, du travail, médicaux… Le cabinet a surtout développé une expertise pointue dans la défense collective des victimes de produits de santé et a impulsé les deux premières actions de groupe dans ce domaine. Il a obtenu une victoire historique dans l’affaire de la Depakine, antiépileptique à l’origine de malformations et de troubles du développement chez le fœtus. Le tribunal judiciaire de Paris a pour la première fois autorisé l’action de groupe et jugé Sanofi responsable d’un manque de vigilance et d’information sur les risques de son médicament. « Ce jugement ouvre une nouvelle voie procédurale à toutes les victimes de produits de santé », commente Charles Joseph-Oudin, associé fondateur du cabinet. Cette avancée majeure lui vaut le prix Coup de cœur du cabinet ayant le plus fait progresser le droit en 2021.

La deuxième action de groupe, lancée au nom des quelque 300 femmes victimes d’implants de stérilisation définitive (Essure), suit son cours. Autant dire que les drames sanitaires n’ont pas fini de mobiliser cette équipe de 15 juristes dont 14 femmes !

FEUGÈRE MOIZAN : La compliance simplifiée

Il réunit la compétence et l’humanité. William Feugère est l’expert incontesté de la « compliance ». Cette méthode vise à sécuriser les pratiques des entreprises, confrontées à une multitude de normes, face aux risques de corruption, de harcèlement… « Neuf entreprises sur dix dans le monde sont victimes de fraude », précise l’associé fondateur de ce cabinet de six avocats. D’où l’idée de créer un outil de cartographie des risques (Ethimap) pour les détecter à un stade précoce, les hiérarchiser et déclencher des actions. « C’est un exercice d’intelligence économique ; l’information est une force colossale pour l’entreprise », note Me Feugère.

Celui-ci n’en est pas à son coup d’essai. Devançant la loi Sapin 2, qui oblige les entreprises de plus de 50 salariés à se doter d’un dispositif d’alerte, il a lancé il y a six ans Ethicorp, une plateforme numérique dédiée aux alertes. « Nous sommes au service du lanceur d’alerte comme du chef d’entreprise. Nous avons la déontologie, l’expertise, et nous respectons le secret absolu », résume ce pionnier de la technologie appliquée à la conformité, par ailleurs coauteur du Code de la compliance édité en 2021 (Dalloz). De quoi conquérir le jury du Point, qui lui décerne le prix Coup de cœur dans la catégorie des cabinets de moins de 20 avocats.

MERAV GRIGUER: La culture de la data

Les fées de la « data » se sont penchées sur son berceau. Merav Griguer, née il y a quarante-quatre ans dans la future cybercapitale Beersheba (Israël), pilote l’équipe Protection des données et cybersécurité du cabinet international Bird & Bird, prix Coup de cœur de la meilleure équipe dans les cabinets de plus de 100 avocats. Cette pétillante mère de quatre enfants doit son envol, il y a dix-huit ans, à l’ancienne bâtonnière Christiane Féral-Schuhl. « À l’époque, le sujet était poussiéreux. C’est le scandale de Cambridge Analytica qui en a révélé les enjeux passionnants. »

L’équipe est sur tous les fronts : mise en conformité de la reconnaissance faciale dans des stades de football, recours à l’IA pour tester des produits de maquillage, avis juridique visant à arbitrer les conflits internes d’un groupe international aux cultures étatiques divergentes sur le contrôle et l’accès aux données des salariés… À chaque fois, Merav Griguer veille à « intégrer ce facteur en constante évolution : la culture de la donnée dans l’entreprise et dans son environnement ». Ses clients saluent son approche pragmatique des dossiers et ses conseils « éthiques by design ». Son humour est un « vrai plus pour désamorcer les situations tendues », note Julie Darnaud, déléguée à la protection des données de Fnac Darty.

L’équipe a, en 2021, créé un outil innovant, le Transfer Impact Assessment, pour évaluer les risques d’accès aux données personnelles par les autorités locales de pays non membres de l’UE. « Ce travail aurait dû être fait par l’Europe », note Merav Griguer, qui a choisi le chant et la boxe pour cultiver sa joie de vivre.

KADÉÏ : Une boutique écoresponsable

Kadéï, c’est d’abord une vibration : celle des valeurs travail, paix et appartenance universelle que prêche la tribu éponyme de la région de la Haute-Sangha, au Cameroun. Kadéï, c’est ensuite une ambition : accompagner des grands projets d’énergie et d’infrastructures en Afrique subsaharienne francophone, où les deux associées, Ghjuvana Luigi et Sarah Sameur, œuvrent depuis longtemps. Elles conseillent par exemple la République démocratique du Congo, le Rwanda et le Burundi dans le cadre de la construction d’une centrale hydroélectrique régionale, un projet d’environ 600 millions de dollars. Cette boutique « alternative et écoresponsable » met un point d’honneur à délivrer des conseils à « impact », « soucieux d’une économie respectueuse de l’écosystème local, des droits humains et de la nature ».

Kadéï ambitionne de redonner du sens au métier d’avocat en hissant la probité et l’humanité au rang de valeurs suprêmes. Un exemple de courage et d’abnégation dans le monde « trop mercantile », selon les associées, des avocats d’affaires. C’est ce modèle de travail pur et engagé, mais aussi cette approche éthique et humble du métier qui ont valu à ce cabinet hors norme le prix Coup de cœur du meilleur lancement !

GBS DISPUTES : L’as de l’arbitrage international

Du grand art ! Prix Coup de cœur dans la catégorie des cabinets de 20 à 100 avocats, ce cabinet dédié à l’arbitrage international abrite 45 avocats de 23 nationalités capables de travailler dans 17 langues. Il a été marqué par le décès brutal de son cofondateur, Emmanuel Gaillard, figure emblématique de l’arbitrage, réputé pour avoir, avec son associée Yas Banifatemi, fait plier Vladimir Poutine dans l’affaire Ioukos. Yas Banifatemi, qui dirige désormais le cabinet, n’est pas seulement sa digne héritière. Elle insuffle sa bienveillance, sa grande puissance intellectuelle et son esprit d’équipe, atouts précieux pour conseiller des États comme la Colombie, l’Égypte ou la Géorgie dans des arbitrages d’investissements aux enjeux complexes. Côté investisseur, le cabinet accompagne notamment le géant chinois de la téléphonie mobile Huawei dans son arbitrage face à la Suède, qui lui interdit l’accès à la 5 G.

Parmi ses victoires en 2021, il a fait condamner pour corruption Isabel dos Santos, femme la plus riche d’Afrique, la contraignant à restituer quelque 400 millions d’euros d’actions à la compagnie pétrolière angolaise Sonangol.

Très engagée auprès des jeunes, Yas Banifatemi a à cœur de « faire rayonner la culture juridique française face à la place de Londres, qui cherche à s’imposer ». Pas étonnant que cette attachante quinquagénaire figure dans le classement Vanity Fair des 50 Français les plus influents du monde en 2021 ! §