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Auteur

Laurence Neuer

Publié le

12 Sep. 2011

Le Point

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JURÉ D’ASSISES : « On a tous le même traumatisme : est-ce qu’on a bien jugé ? »

Publié le

12 Sep. 2011

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Bangaly a transformé l’essai : il a mis son expérience de juré d’assises au service des jeunes en difficulté.

Bangaly a été tiré au sort dans deux affaires d’assises : un vol à main armée et un meurtre. Il s’est confié au Point.

Quelle fut votre première réaction après avoir été sélectionné ?

J’appréhendais… J’avais peur de juger. Car on a la vie d’une personne entre les mains. Mais je me suis senti de plus en plus en confiance et à l’aise grâce au dialogue avec la présidente.

De quoi a-t-on besoin pour élaborer un jugement ?

De beaucoup plus d’éléments que l’on ne pense avant d’être confronté à une telle expérience ! On se rend compte que pour juger il faut prendre en considération tout un ensemble de choses : le parcours personnel et professionnel, l’éducation, le milieu familial, le profil psychologique… Il ne faut rien négliger de cela, tout pèse dans la balance. Avec les autres jurés que je revois, on s’est rendu compte qu’on avait le même traumatisme : est-ce qu’on a bien jugé ?

Comment s’est dénoué ce « traumatisme » ?

J’étais mal, j’ai fait des cauchemars, j’ai même culpabilisé… Je voyais défiler les images de la victime. Je pensais aussi à la personne qui allait être envoyée en prison. Heureusement, on se détache peu à peu de cela, mais pas complètement, j’y pense encore beaucoup plusieurs mois après. Certains jurés qui ont siégé avec moi ont encore des flashes sur les images du meurtre.

Vous êtes-vous dit « ça pourrait m’arriver » ?

Bien sûr ! Je me suis dit que je pourrais être à la place de n’importe lequel des acteurs du procès. Ça fait réfléchir…

Réfléchir à quoi ?

Aux dangers prévisibles et invisibles qui nous entourent et au fait qu’il faut être plus respectueux des lois.

Cette expérience a-t-elle changé quelque chose dans votre vie ?

Je consacre plus de temps à mes proches. Cela m’a rapproché de ma famille, et aussi des jeunes en difficulté dont je m’occupe dans le cadre de mon activité professionnelle. J’essaie de sensibiliser ceux qui lâchent leurs études, je travaille avec eux sur des projets professionnels. J’ai aussi demandé à mes collègues de redoubler d’efforts pour que ces jeunes ne basculent pas dans la délinquance.

Quel regard portez-vous sur la justice ?

Elle n’est ni trop laxiste ni trop sévère. Je porte un autre regard sur les juges qu’on accuse de tous les maux. Quand on travaille avec eux, on comprend que leur métier est très dur. Et ils l’exercent avec une grande conscience professionnelle.