Il y a un avant et un après avoir siégé comme juré aux assises. Pascale nous livre les ingrédients de cette alchimie qui lui a ouvert les yeux sur la réalité du monde.
Pascale avait 36 ans lorsqu’elle a été tirée au sort pour être jurée à la cour d’assises de Paris, puis sélectionnée pour le procès d’un homme accusé d’avoir violé sa belle-fille, âgée de 13 ans. De cette expérience est né un texte émouvant, publié dans la revue L’avant-scène : « La septième jurée ».
Jurée d’assises à 36 ans : cette expérience a-t-elle « bouleversé » votre vie ?
J’avais jusque-là une vie préservée qui ne m’avait jamais mise en contact avec la dureté de la société, ni même a fortiori avec le droit. Et les films sur la justice ne m’attiraient pas spécialement. Au procès, j’ai pris de plein fouet la réalité du monde. Je suis devenue vraiment adulte ce jour-là.
C’est d’ailleurs ce que vous écriviez à l’époque : « Être juré, c’est être à la fois adulte – car il faut trancher – et modeste, car la nature humaine est complexe. » La cour d’assises est-elle une école d’humilité ?
Je me disais au départ : « Je suis incapable d’avoir un avis sur ma propre vie, comment vais-je pouvoir juger mon prochain ? » Et finalement, je me suis rendu compte que j’étais capable non seulement d’explorer une autre existence, mais de prendre mes responsabilités envers la société et de juger. Ce qui nous aide à avoir ce respect pour l’Autre dans sa différence la plus intolérable, c’est le rituel et le langage judiciaire. Ce cérémonial met à distance nos émotions et nous rapproche ainsi de l’humain qui est en l’Autre.
« Aux assises, on n’a pas le droit de ne laisser parler que le coeur, on a un devoir d’intelligence », écrivez-vous. Expliquez-nous.
Le coeur est là tout le temps. L’émotion nous envahit naturellement. Mais il faut sans arrêt qu’on s’en détache. Comment ? Par ce travail intense de compréhension de tout ce qui se passe à l’audience : par exemple, les jurés se rendent très vite compte que l’avocat est au service d’une personne, et non de la vérité. Pas question de laisser échapper quelque chose, de relâcher son attention… Ce travail nous permet de nous tenir à l’écart de nos émotions et de pouvoir analyser ce qu’on nous soumet en permanence, de tous côtés : comptes rendus d’expertises, plaidoiries, témoignages, etc. L’émotion nous ôterait cette aptitude à comprendre et à déchiffrer toutes ces données. Encore une fois, la majesté du rituel et la gravité du décor facilitent cette mise à distance.
Revenir dans la « vraie vie », ça fait quel effet ?
Cela semble fade. Il manque une dose d’intensité. Car le procès provoque des sentiments paroxystiques. Il nous faut un « sas » avant de renouer avec le quotidien. La vraie vie semble être ailleurs, dans le procès qu’on vient de vivre…

