
Laurence Neuer vide ses « carnets de justice » dans un livre où elle rend compte de l’incroyable diversité des procès et de la difficulté de juger.
La justice est une très mauvaise communicante. Quand elle fait parler d’elle, c’est pour se plaindre de son manque de moyens ; quand elle fait les gros titres de la presse, c’est qu’un grand procès médiatique, avec son lot de ténors du barreau, de justiciables bien peu recommandables ou de personnalités troubles, lui demande de les départager ; quand elle fait intervenir ses hauts responsables, ils jargonnent au point de devenir incompréhensibles. Bref, il flotte autour du glaive et de la balance un parfum de suspicion d’inefficacité et – c’est le comble – d’injustice. Bref, l’institution a perdu de son lustre. Plutôt que de consacrer une longue thèse à ses mérites et à ses évolutions, Laurence Neuer arpente les couloirs des tribunaux. Dans son théâtre, les personnages principaux sont des escrocs, des SDF, des délinquants en rupture avec la société, des chauffards multirécidivistes, des drogués, des malheureux, des affamés…, c’est-à-dire la société française de ce début de XXIe siècle.
L’audience est levée de Laurence Neuer, éditions Gazette du palais et Le Point, 437 pages, 25 euros. © (DR)
Voilà toute l’ambition de L’audience est levée, qui est un échantillon de toutes les affaires que les juges doivent démêler jour après jour. Un tel ouvrage redonne foi dans les missions que remplissent les tribunaux. On touche du doigt l’immensité de la tâche, la variété presque infinie des cas pratiques qui se présentent aux juges, et les fragilités des justiciables, qu’ils soient plaignants ou accusés.
Un livre complet
Laurence Neuer, docteur en droit et journaliste au Point, pose un regard bienveillant et parfois compatissant sur les centaines de petits drames auxquels elle est mêlée. Elle n’en occulte pas la gravité et parfois même le pathétique, mais elle sait également en faire sortir quelques scènes cocasses, voire comiques. Des entretiens avec des professeurs de droit, des avocats ou des spécialistes du monde judiciaire ou carcéral viennent rythmer cette litanie des heurs et malheurs. L’audience est levée est l’indispensable livre de chevet des étudiants en droit ou des auxiliaires de justice. Il permet de comprendre ce qu’est la réalité des tribunaux correctionnels loin du tumulte et des polémiques médiatiques.
« L’audience est levée » de Laurence Neuer, éditions Gazette du palais et Le Point, 437 pages, 25 euros.

