
Accusé d’avoir frappé un piéton avec son casque de scooter, le prévenu se pose en « victime ».
C’est dans une salle d’audience bondée que commence le procès de F., poursuivi pour avoir frappé un piéton au visage avec un casque de scooter. Les faits se sont produits près de la porte de Bagnolet. Un homme avait fait remarquer au conducteur d’un scooter qu’il n’avait pas à circuler sur le trottoir. Mais la réplique fut musclée : le passager du scooter lui a asséné un coup de casque en pleine tête, causant trois jours d’ITT. Devant les policiers, l’homme a prétendu qu’il avait été provoqué par la victime qui leur aurait dit « Dégage du trottoir ! » et les aurait traités de « bande d’enculés ».
Le garçon, qui vient d’avoir 20 ans, est en récidive. Son casier judiciaire croule sous le poids des infractions. En tout, 23 condamnations y sont inscrites pour violences, vols aggravés, usage de stupéfiants, fourniture d’identité imaginaire, recel, menaces de mort, la plupart émanant du tribunal pour enfants. Pour couronner le tout, l’homme, connu sous plusieurs identités, a au-dessus de sa tête une fiche de recherche pour vol en réunion et a cessé de se présenter à la maison d’arrêt dans laquelle il exécutait une peine de semi-liberté.
– Qu’avez-vous à dire sur les faits, monsieur ? demande le président
– La même chose que ce qui est écrit, esquive l’homme.
– Pourquoi avez-vous donné un coup de casque sur la tête de ce piéton ?
– On se garait sur le trottoir, il est venu et nous a pris par le col… Il dit que c’est lui la victime, mais c’est pas vrai ! Il nous a cherchés. Aujourd’hui, tout le monde roule sur le trottoir, assure ce père de famille, qui perçoit, dit-il, « 800 euros par mois non déclarés ».
« Il a laissé une personne sur le carreau sur le trottoir »
La procureure s’indigne : « Je trouve désespérant d’avoir aussi peu d’autocritique sur son comportement après plus de vingt condamnations ! » (…) « Monsieur D. a commis des violences gratuites, en réunion, sur un inconnu qui, en citoyen courageux, a commis l’injure suprême de lui avoir fait remarquer qu’il circulait sur le trottoir ! Asséner un coup de casque en pleine tête, c’est prendre sciemment le risque de causer un traumatisme crânien qui aurait pu être fatal. » Et de s’offusquer encore : « Il a laissé une personne sur le carreau sur le trottoir, et en plus il dit qu’elle n’est pas la victime ! » Faisant observer que l’homme étant actuellement « en évasion », elle souligne qu’une peine mixte serait « irréaliste ». Pis, elle demande 30 mois ferme, soit 6 mois de plus que la peine plancher encourue.
Le terrain est miné pour l’avocat qui n’a d’autre choix que de creuser un sillon d’humanité dans le métal glacial du dossier : « S’il était en cavale, c’était pour voir naître son troisième enfant, explique-t-il. (…) Il a seulement 20 ans. (…) Une décision de maintien en détention ne sera pas comprise, elle serait perçue comme injuste par mon client, même si elle est fondée juridiquement », conclut-il.
Mais le tribunal ne l’écoutera pas, pas plus qu’il ne se ralliera à la position du procureur. Écartant la peine plancher, il prononcera une peine d’un an avec maintien en détention.

