Réseaux sociaux, expertises croisées, domaines inexplorés… Les nouvelles recettes des avocats pour sortir du lot.
«L’accompagnement juridique d’aujourd’hui : plus accessible, plus humain et sur mesure. » Cette promesse du cabinet d’avocats Alkemist témoigne de l’empathie de la génération Y des robes noires. L’une des deux associées, Élise Fabing, a ainsi embrassé la « cause » des « salariés en détresse » que la crise du Covid a davantage fragilisés. Ses « live » réconfortants et conseils gratuits sur les comptes Instagram de BalanceTonAgency et BalanceTaStartUp, qui enregistrent jusqu’à 68 000 vues, pourraient même inspirer une nouvelle saison de la série d’Arte En thérapie.
L’avocate de 37 ans, dont le bureau se remplit chaque jour de nouveaux dossiers, est l’une des actrices assumées de la « justice » des médias sociaux. « À Nanterre, par exemple, il faut attendre en moyenne deux ans pour obtenir un jugement aux prud’hommes. Ce qui, dans des situations de harcèlement, est considérable ! » déplore-t-elle.
Des équipes d’avocats créées à la demande
Autre nouveauté dans l’exercice du métier d’avocat, des cabinets se saisissent des défis de la transition numérique et de l’intelligence artificielle pour déployer des offres haut de gamme grâce à une organisation en réseau. Leur valeur ajoutée réside dans l’approche interdisciplinaire des dossiers de haute technicité, associée à une réactivité et une fluidité relationnelle. Parmi les domaines émergents : le e-sport, la e-santé, ou encore la fintech. Ainsi, Legal Brain, cabinet « 100 % opérationnel à distance », lancé fin 2020, propose les expertises d’une cinquantaine de chercheurs et d’experts en informatique, fiscalité, sciences, etc. « Cela nous permet de proposer des services sécurisés et opérationnels. Par exemple, un de nos clients développeur, a mis au point un outil de « trading algorithmique » dédié aux investissements dans les crypto monnaies. Il veut savoir comment monétiser son système tout en limitant les risques liés aux décisions non pertinentes de l’algorithme. Nous avons donc sollicité un maitre de conférences en droit civil qui a une compétence pointue dans le domaine du copy trading », explique l’un des associés fondateurs Matthieu Quiniou.
Le récent cabinet de niche Momentum se présente comme un « guichet unique » d’accès à un pool de spécialistes multijuridictions. Il s’inspire du modèle des virtual law firms, ces équipes d’avocats créées à la demande selon les besoins du client, à travers un réseau de Best Friends. L’objectif ? Piloter en coordination des actions judiciaires en contrefaçon dans plusieurs pays, sécuriser le déploiement d’une solution de sécurité informatique aux États-Unis ou en Chine ou aider un éditeur japonais « à atterrir » en Europe pour lancer son jeu vidéo en réalité augmentée. « Sur la base d’une grille de lecture commune, les avocats du pool procèdent à une analyse des risques liés à la commercialisation du jeu dans cinq pays, au regard, par exemple, des régimes juridiques applicables à la protection des personnes, de leurs données personnelles, du domaine public et des œuvres architecturales. Ces analyses permettent, en pratique, d’adapter et de localiser en tant que besoin les fonctionnalités du jeu et leurs CGU », détaille l’un des associés du cabinet Jean-Sébastien Mariez.
Essor de l’arbitrage familial
Les entrepreneurs avocats déploient aussi leur zèle dans des domaines plus traditionnels comme le droit de la famille. Le Covid n’a pas gelé les litiges familiaux, bien au contraire. Pour les résoudre en lieu et place des prétoires confinés, les avocats se tournent vers l’arbitrage. Spécialiste de cette procédure dans le cadre du partage des biens après divorce et des litiges successoraux, le cabinet Cadiou Barbe en mesure quotidiennement les avantages. « L’avantage essentiel de cette justice privée, hormis son caractère confidentiel, réside avant tout dans son efficacité. Là où la justice étatique peut prendre entre 4 et 8 ans pour se prononcer, les décisions arbitrales sont rendues et deviennent exécutoires au bout de 6 à 9 mois », relève Guillaume Barbe qui intervient selon les cas comme arbitre ou comme conseil d’une des parties à l’arbitrage. De plus, « on choisit des juges qui sont des professionnels de grande qualité. Les arbitres prennent le temps d’écouter les personnes et de motiver leurs décisions, contrairement là aussi à la justice étatique. Cela est fondamental, car si une décision de justice n’est pas comprise, elle n’est pas acceptée », précise l’avocat, qui a cofondé le Centre d’arbitrage des litiges familiaux (Calif).
Donner du sens au travail
La numérisation des dossiers, les réunions en « visio » et la diminution des déplacements ont aussi engagé l’avocat des années Covid à rajeunir son image et son modèle économique. « Beaucoup de cabinets ont digitalisé leur relation client. Le cabinet Dune, par exemple, a voulu mixer intelligence artificielle et intelligence émotionnelle. Il s’est dit que le taux horaire n’était plus adapté et a en conséquence “forfaitisé” une partie de ses offres. Il propose aussi gratuitement des contrats standardisés pour ses clients et concentre l’aspect humain et émotionnel sur la forte valeur ajoutée uniquement », explique Olivier Chaduteau, associé gérant du cabinet de conseil Day One, auteur d’une thèse à Paris-2 sur « l’impact de l’innovation digitale sur le marché du droit et des directions juridiques des entreprises ».
Ces cabinets de niche ne se contentent pas de mettre en avant leurs expertises pointues. Ils ont à cœur d’être éthiquement vertueux par une approche humaine des dossiers, un management axé sur le bien-être et des actions pro bono. Ainsi, le cabinet Karman, spécialiste du droit de l’entreprise, entend « donner du sens » au travail des collaborateurs en leur fixant des objectifs annuels et en les impliquant dans des programmes d’inclusion et de mentoring en faveur d’étudiants défavorisés dont ils supportent financièrement les études. Un management 2.0 innovant et résolument tourné vers l’avenir, comme l’exprime la « Ligne de Karman » au-delà de laquelle l’atmosphère terrestre s’efface devant l’espace.

