Fait rare, Christophe a été amené à juger deux fois aux assises un homme accusé de deux crimes différents.
Christophe* a été retenu comme juré d’assises, par tirages au sort successifs, dans trois affaires au cours d’une même session. Dans deux d’entre elles, l’accusé était le même. L’homme avait commis deux crimes à sept mois d’intervalle : une tentative de viol aggravé sur une femme âgée de 94 ans et un meurtre sur son arrière-grand-mère par alliance âgée de 89 ans.
Le Point : Vous êtes-vous senti en capacité de juger, pour la première fois de votre vie ?
Christophe : On arrive complètement étranger au protocole et on doit ingurgiter en deux jours que dure une affaire un volumineux dossier qui a demandé plusieurs semaines, voire des mois d’instruction. L’attention demandée est intense alors que nous ne sommes pas exercés à cela. Heureusement, les questions posées par le président tout au long des débats nous ont éclairés sur le cheminement des faits et les intentions de l’accusé.
Aviez-vous des repères ?
On doit s’attacher avant tout aux faits pour d’abord qualifier l’infraction. On nous demande d’être neutres en toutes circonstances. Or, aux assises, les faits s’expriment crûment. Vient ensuite la sanction, qui est codifiée et modulée par la jurisprudence. Pourtant, déterminer la peine est la décision qui m’a semblé la plus délicate à prendre. Une tentative de viol sur une personne âgée (viol aggravé) est passible d’une peine comprise entre 2 et 20 ans : le spectre est large malgré les réquisitions de l’avocat général…
Qu’est-ce qui vous a aidé à forger votre « intime conviction » ?
Les réponses de l’accusé aux questions posées lors de l’établissement de sa culpabilité ; ses réactions, ses silences aussi.
Avec le recul, pensez-vous que cette expérience a été utile, voire nécessaire ?
Utile et nécessaire ? Je le pense, oui… Condamner quelqu’un à plusieurs années d’emprisonnement après avoir visité une maison d’arrêt la veille n’est pas quelque chose de naturel. Maintenant, vivre en société nécessite de respecter des règles ; les appliquer n’est pas aisé, on s’en rend compte à ce moment. Oui, cette expérience est utile.
Vous est-il arrivé d’éprouver de la compassion pour l’accusé ?
De la compassion pour l’accusé ? Certes, surtout lorsqu’il est jeune et qu’il ne comprend pas forcément son action, mais ce sentiment va en grande partie à la famille de la victime.
Avez-vous appris quelque chose sur la délinquance ?
L’éducation reçue et l’environnement familial comptent énormément. Il est triste de constater, dans une affaire de viol sur un enfant, que le violeur avait subi les mêmes sévices dans son enfance.
* Le prénom a été modifié

