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Auteur

Laurence Neuer

Publié le

30 Oct. 2022

Le Point

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Enrico Castaldi : la défense des « valeurs de la grande famille franco-italienne »

Publié le

30 Oct. 2022

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Engagé au-delà du droit, le cabinet franco-italien CastaldiPartners est l’un des rares à posséder cette compétence biculturelle. Portrait.

« Les avocats sont étranges, ils veulent toujours qu’on parle d’eux ; mais quand on les interroge, ils n’ont plus rien à dire, confidence oblige ! » Enrico Castaldi ne déroge pas à la règle. Il faut beaucoup d’énergie pour tirer les fils des dossiers franco-italiens dans lesquels excelle son cabinet, d’autant qu’ils sont une poignée, en France, à afficher cette compétence biculturelle de haut niveau. Pour réveiller son ego très discret, on attire son attention sur la photo où il pose avec Mario Draghi à l’Institut culturel italien en 2001, à l’occasion de la parution de la version française de la loi italienne sur les sociétés cotées. Ou l’on évoque Trieste et ses écrivains célèbres qui hantent les rues et les cafés. Ce passionné de voile de 67 ans conseille plusieurs groupes italiens et internationaux de logistique, de construction et de sidérurgie, ainsi que des interlocuteurs publics locaux dans le cadre du gigantesque projet d’élargissement du port industriel de la ville, qui fut pendant cinq siècles le port stratégique des Habsbourg.

De la visite d’Emmanuel Macron à Rome, Me Castaldi salue les vœux d’alliances économiques « ambitieuses » auxquelles, laisse-t-il deviner, un cabinet comme le sien pourrait être associé dans les années à venir. « Deux grands partenariats industriels bilatéraux, Luxottica et Essilor, Fiat et PSA, ont marqué l’histoire des relations industrielles entre les deux pays », rappelle l’avocat. « Giorgia Meloni a sur la table trois dossiers phares : celui de l’opérateur de téléphonie Telecom Italia (TIM), dont le premier actionnaire, Vivendi, négocie avec CDP (la caisse des dépôts et consignations italienne) la fusion de son réseau avec celui de son concurrent Open Fiber ; la négociation entre Air France, Certares et Delta pour l’acquisition de ITA (compagnie aérienne italienne qui a succédé à Alitalia) ; enfin, le projet de Crédit agricole d’augmenter sa participation d’actionnaire dans la banque BPM ».

Producteur

L’enfant livournais qui a grandi à San Giminiano rêvait, jeune homme, de « devenir un nouveau Rastignac ». Plusieurs voyages dans la Ville lumière l’ont convaincu d’y poser ses valises, après s’être formé au métier à Rome. Une rencontre salutaire le propulse comme collaborateur chez le canadien Lette & Associés, ce qui le conduira à voyager à Montréal et Toronto. « Je suis passé du cabinet de notables romains à un environnement multiculturel ouvert sur l’international », résume-t-il. Un tremplin pour atteindre sa deuxième étape : en 1996, il fonde, avec l’ancien président de la Cour d’arbitrage internationale Alexis Mourre, le cabinet Castaldi Mourre & Partners qui deviendra en 2016 CastaldiPartners.

Ayant pignon sur rue à Milan, Londres, Bruxelles et Lyon, celui-ci revendique une clientèle de prestige dans les domaines de l’énergie, de la sidérurgie et de la construction et de la mode. Le groupe Stef, leader européen du transport de produits frais, Eni, le géant italien des hydrocarbures, Trenitalia, ou encore Ferragamo et Diesel contribuent aux 7 millions d’euros annuels du chiffre d’affaires de ce cabinet d’une trentaine d’avocats, tous parfaitement bilingues, tous titulaires d’une double formation juridique franco-italienne, et dont la plupart ont moins de 40 ans.

S’il est peu bavard sur ses affaires, Me Castaldi est en revanche intarissable sur… le cinéma. À cheval entre deux langues, il l’est aussi entre deux cultures. Depuis une dizaine d’années, il sponsorise différents événements culturels entre la France et l’Italie. En sa qualité de président de France Odéon, festival du film français présenté jusqu’au 1er novembre à Florence, il a fait ses premiers pas comme producteur : le documentaire de Francesco Ranieri Martinotti qu’il a coproduit, « Passione Cinema », a été dévoilé en août 2022 au Festival du film francophone d’Angoulême, puis en septembre 2022 au Festival international du film de Venise.

À travers 23 entretiens et 57 séquences des chefs-d’œuvre des années 1960 à nos jours, il dépeint les affinités électives entre les cinémas français et italien. « L’alliance de ces deux mots – passion et cinéma – évoque la passion réciproque entre les cinémas des deux pays dans le contexte de la relation millénaire qui unit l’art et la culture française et italienne », note Me Castaldi. Ce lien innerve le traité de coopération bilatérale renforcée entre la France et l’Italie, signé au palais présidentiel du Quirinal le 26 novembre 2021. « C’est la première fois que l’Italie signe un tel traité avec un autre pays. Si nous ne sommes pas toujours d’accord sur le vin ou le fromage, ce traité réalise une synthèse culturelle parfaite entre nos deux cultures dans le domaine du 7e art ».

« Managers » plutôt que « collaborateurs »

Les ponts culturels unissant les pays de Carlo Goldoni et de Daniel Pennac lui tiennent aussi à cœur. « Entre les deux côtés des Alpes règne une coopération riche dans les domaines les plus variés : l’économie, la culture, la science, la recherche, la justice, l’innovation industrielle, le tourisme, la gastronomie, le spectacle et l’éducation. Une coopération […] qui a produit au cours du temps un dense réseau de relations qui constitue aujourd’hui la véritable réalité du monde partagé de Frantalia », écrivait-il en 2019, dans une tribune mémorable adressée à Emmanuel Macron et à Sergio Mattarella au moment où les deux pays s’apprêtaient à célébrer les cinq cents ans de la mort de Léonard de Vinci dans un climat de tensions diplomatiques. « Frantalia est le nom imaginaire de l’endroit imaginaire où vivent tous ceux qui se retrouvent dans l’histoire, le patrimoine, la culture et les valeurs de la grande famille franco-italienne », décrypte l’avocat, fier d’annoncer que son cabinet sera l’un des sponsors de l’événement « Passions Italiennes » organisé dans le cadre du prochain Festival du livre de Paris, en avril 2023.

En écho à l’ouverture culturelle qu’il promeut, Enrico Castaldi a à cœur de moderniser les méthodes de travail au sein des cabinets d’avocats. Il défend une organisation horizontale dans laquelle l’ensemble des avocats, du jeune stagiaire aux associés fondateurs, sont logés à la même enseigne. « J’ai banni le mot collaborateur : ici il n’y a que des managers », revendique-t-il. L’objectif est de « donner une identité collective » à ce cabinet engagé dans le « progrès durable », l’égalité des sexes et l’aide aux étudiants défavorisés méritants.

Il a déjà octroyé 200 000 euros de bourses à des jeunes qui témoignent d’un parcours brillant dans leur cursus de double maitrise franco-italienne à la Sorbonne. « Enrico ne cherche pas la lumière, il transmet aux jeunes sa façon de travailler et sait les mettre en avant », relève Stéphanie Fougou, secrétaire générale de Technicolor, qui travaille avec lui sur la valorisation des métiers du droit en France et en Italie. La générosité d’Enrico Castaldi est aussi, aux yeux du spécialiste de l’arbitrage Thomas Clay, l’une de ses grandes qualités, « outre son élégance, son humour, et son côté insaisissable, tel un condottiere que l’on croiserait dans les ruelles de Venise ». C’est cette dimension « chevaleresque, hédoniste à ses heures et profondément humaniste » que salue en lui Stéphanie Fougou.

C’est peu dire que cet amateur d’art, fan de Jack Nicholson et de Tarantino, s’intéresse aux autres, bien au-delà de son cercle rapproché. « J’aimerais conduire un TGV pour me mettre dans la peau d’un cheminot », confie-t-il, tel un clin d’œil nostalgique au temps où il débarquait à la gare Saint-Lazare parmi ces émigrés italiens campés sur l’affiche du Petit Journal accrochée au mur de son bureau. Autant dire que la « tentazione de la mondanita » n’est pas sa tasse de thé. Quoique… Sur ce sujet, son sens de la nuance emprunte autant à l’ironie italienne qu’à la coquetterie française : « Je n’ai pas de carnet d’adresses, je connais beaucoup de monde »…