Publications       Parcours       Contact

Auteur

Laurence Neuer

Publié le

5 Juin. 2015

Le Point

Partager

"Il sort du tribunal le 18 et il recommence le 22 !"

Publié le

5 Juin. 2015

Partager

Un homme, jugé pour un vol en récidive, sera incarcéré à l’issue de l’audience sur la foi du témoignage de la victime.

C’est une affaire qui ressemble à tant d’autres. Un passant est abordé, un soir, par trois « individus » qui emploient une « technique bien rodée », résume le président de la chambre des comparutions immédiates. L’un détourne son attention, l’autre s’entretient avec lui et le troisième lui dérobe son portefeuille. La victime poursuit ses agresseurs qui se débarrassent du portefeuille, jeté à terre, délesté des 200 euros qu’il contenait. Un témoin donne l’alerte. Les policiers arrêtent un suspect. Celui-ci prétend avoir ramassé le portefeuille volé pour le rendre à son propriétaire. « J’ai récupéré le portefeuille, les voleurs ont couru, j’ai crié… », affirme le prévenu, un homme d’une trentaine d’années dont le casier judiciaire compte deux condamnations pour des vols aggravés.

– Vous aviez, la dernière fois, donné une fausse identité et été condamné sous ce faux nom, vous en souvenez-vous ? lui demande le président sur un ton sec.

– Oui… répond le prévenu, qui explique avoir fait usage de fausses identités à l’époque où il était « sans papiers ». Mais maintenant, il n’en a « plus besoin ». Il est « marié et père de famille ».

– Qu’aviez-vous volé ? poursuit le président.

– Un sac… Je n’avais pas d’argent pour manger… J’ai un bébé…

– Tant mieux que vous ayez un bébé ! s’énerve le magistrat. Mais ce n’est pas la question. Avez-vous un emploi ?

– Je travaille sur les marchés… je cherche un emploi… Ma femme travaille…

Un mariage « pour éviter les expulsions »

« Nous croisons souvent dans ce tribunal des personnes qui se marient pour éviter les expulsions. Est-ce une union réelle ? Fictive ? » interroge le procureur, convaincu à ce point de la culpabilité du prévenu qu’il ne s’éternise pas sur les faits reprochés. « Il sort du tribunal le 18 avec une peine avec sursis et il recommence le 22 ! » pointe le magistrat du parquet, qui entend cette fois marquer le coup. Trois mois fermes et la révocation du mois de sursis attaché à la dernière condamnation sont requis.

« Ce n’est pas le lieu pour débattre de la régularité de la situation administrative de mon client ! » s’énerve l’avocat de la défense qui, face aux dénégations de son client, n’a d’autre choix que de plaider la relaxe. « On n’a rien dans ce dossier ! Personne n’était témoin du vol (…). Va-t-on condamner un homme sur la seule foi de la déclaration du plaignant qui a « reconnu » le prévenu sur une planche photographique ? »

La fragilité du témoignage oculaire ne fera pas pencher la balance du côté du doute. L’homme, condamné à deux mois ferme auquel s’ajoute le mois de sursis révoqué, partira en détention à l’issue de l’audience.