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Auteur

Laurence Neuer

Publié le

15 Jan. 2012

Le Point

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La justice de la cave au grenier

Publié le

15 Jan. 2012

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Le patrimoine judiciaire exposé dans un livre-mémoire fourmillant de détails et d’anecdotes : c’est l’œuvre inédite d’Étienne Madranges.

D’Angers à Bourganeuf, de Créteil à Dinan ou de Strasbourg à Troyes… C’est à un véritable voyage au travers des passementeries, boiseries, moulures et autres originalités architecturales des édifices judiciaires de France que nous convie Étienne Madranges, magistrat, universitaire et historien. L’auteur a exploré les moindres recoins chargés d’histoire de quelque 700 tribunaux et les a immortalisés en 5 400 photographies. Son regard affûté de spécialiste du patrimoine s’attarde sur les symboles, allégories et adages de ces palais, gardiens d’une histoire, et surtout d’une vertu indétrônable, la justice.

« Approchez de la barre ! » Derrière cette expression familière du rituel judiciaire, dont le symbole trace la frontière de l’espace inviolable de la justice et recueille le serment des témoins, se profile l’objet judiciaire le plus varié dans ses formes et matières. L’auteur en présente 527 !

Qualifié d’ « exotique », le tribunal des pêcheurs aux décisions souveraines et définitives offre un bel exemple de justice sur les bords de la Méditerranée. On sourit en découvrant les frises rabelaisiennes du tribunal de Thonon-les-Bains, les graffitis des greffiers dans les tiroirs des tables d’audiences ou le panneau « palais de justice » coincé entre les expressions « haute tension » et « danger de mort ».

Au nom de Dieu

Lions, feuilles entrelacées de chênes et d’oliviers entourant la balance et le glaive, tête casquée de Minerve et scènes bibliques se répondent, en photos commentées. Souvent saisissantes, comme cette Justice aux yeux bandés ornant les vitraux du tribunal d’instance de Mulhouse (photo). Parfois comminatoires, comme la représentation de l’OEil de la justice sur le plafond de la cour d’appel de Rennes. Quelquefois pittoresques, comme la Balance du palais de justice de Papeete. Et aussi superbes, comme la Loi, tissée dans le tapis de la première chambre de la Cour de cassation.

Nombre de ces symboles nous rappellent que la justice était rendue au nom de Dieu, à commencer par ces christs suspendus aux murs de certaines salles d’audience. Des tribunaux, comme celui de Laon, sont situés à l’intérieur des palais épiscopaux des villes. « Il ne faut pas perdre de vue que la justice s’ancre dans la royauté, l’Empire et la religion », souligne Étienne Madranges. Et même dans la superstition ! Des copies du célèbre tableau de Pierre-Paul Proud’hon La justice et la vengeance divine poursuivant le crime ornent les murs de plusieurs palais de justice.

Bref, on se délecte de cette excursion littéraire qui a fait parcourir à son auteur près de… 70 000 kilomètres. « Je me sens une âme de restitution publique », confie Étienne Madranges. Dont le souci est « l’humain dans ce qu’il a de plus profond ». Son ouvrage-événement est à picorer, dévorer et offrir, sans modération.