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Auteur

Laurence Neuer

Publié le

13 Jan. 2011

Le Point

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Le tableau de chasse d'une experte en dénonciation calomnieuse

Publié le

13 Jan. 2011

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Mademoiselle B. a multiplié les accusations mensongères pendant 10 ans en échappant à la justice.

Des essaims d’élèves et de touristes s’agitent dans le hall du tribunal. Ils voyagent d’une salle d’audience à l’autre dans le « carré des correctionnelles » du tribunal de grande instance de Paris.

L’affaire suivante est une escroquerie à multiples ressorts.

Seuls à la barre, sans avocat, les deux hommes victimes d’une employée machiavélique semblent dépités, terrassés par 10 ans d’une procédure bâclée et fâchés de ne pouvoir affronter, en ce moment ultime de ce marathon judiciaire, celle qui les a trompés, dénoncés et escroqués. La prévenue a répondu absente à l’appel. Elle sera donc jugée par défaut.

À son commencement, l’histoire augurait pourtant une fin plus prometteuse. Les deux restaurateurs ici présents croyaient faire un bon geste en employant une jeune femme de 19 ans, à la dérive.

Le premier raconte : « On l’a sortie du ruisseau. Lorsque l’ANPE nous l’a présentée, elle n’avait ni domicile ni endroit où se poser. Elle est venue avec un sac en plastique et quelques affaires. On l’a recueillie, on l’a logée, on l’a prise en stage pendant six mois. Elle a eu une relation amoureuse avec mon fils, mais ça s’est terminé. Mademoiselle B. a changé de comportement du jour au lendemain. Elle est devenue agressive et distante. En consultant les relevés de compte, j’ai constaté que mes factures de téléphone étaient passées de 80 à 700 euros. Elle téléphonait à l’étranger tous les jours. Ensuite, on n’a plus reçu de courrier. »

Le deuxième poursuit : « Elle avait accès à tout, on lui faisait confiance. Quand les soupçons ont commencé, on l’a convoquée, mais elle n’est pas venue. On a réalisé qu’elle avait volé du courrier et qu’elle avait falsifié, endossé et encaissé plusieurs chèques. C’est à ce moment-là que nous avons entamé une procédure de licenciement. »

S’en est suivi un enchaînement de plaintes et d’enquêtes. À commencer par une plainte pour vol de courrier, classée sans suite par le procureur, puis une plainte avec constitution de partie civile pour contrefaçon et falsification de chèques à hauteur de 4.500 euros, dont l’expertise graphologique a confirmé que l’ex-employée était bien la signataire. Laquelle a, pour se venger, dénoncé ses patrons auprès de l’inspection du travail, invoquant de fausses fiches de paye et l’emploi de personnel non déclaré, ce qui s’est révélé faux.

Puis, dévorée par un machiavélisme féroce, elle a accusé les dirigeants de s’être livrés à un trafic de cartes bleues volées. La brigade financière a disséqué leur comptabilité personnelle pendant des années pour finalement conclure que l’accusatrice mentait. Résultat : un dossier est ouvert pour dénonciation calomnieuse. Affaire non instruite, non relancée et enterrée.

Pour finir, la jeune femme a prétendu que ses ex-patrons avaient fait de la contrefaçon de vêtements, c’était encore un mensonge. Cerise sur le mille-feuille des infractions, elle est allée faire des emplettes à la Fnac après avoir déclaré aux autorités policières, la veille au soir, que ses papiers et son chéquier avaient été dérobés dans un vol à main armée. Un grand classique des escrocs en culotte courte.

« Cette procédure a été frappée de malchance d’un bout à l’autre, résume la présidente. Nous ne sommes saisis aujourd’hui que d’une infime partie de l’affaire. »

« Ça fait 11 ans que ça dure ! se désole le gérant. On sait qu’on n’obtiendra rien… J’en ai eu pour 4.000 euros de frais d’avocat et je n’ai pas vu arriver un seul centime pour me dédommager de mon préjudice. »

Compte tenu du léger passif judiciaire de la prévenue fantôme, le tribunal la condamnera à quatre mois de prison avec sursis, outre l’indemnisation des victimes, le remboursement des frais de justice et 5.000 euros de préjudice moral. Autant dire que ce jugement ne connaîtra pas d’autre sort que celui d’une feuille morte.