Un homme reconnaît avoir violenté son ex-concubine, mais il s’abrite derrière le paravent embué de l’alcool.
La présidente est lasse de ces dossiers indéfiniment ajournés. Un homme, convoqué pour une affaire de violences, prétend que son avocat devait plaider à la même heure une autre affaire (plus importante que la sienne…) et demande le report de l’audience. « Après, on vient nous dire que la justice est lente, se désespère la juge… Cela fait déjà deux fois que votre avocat demande le renvoi, il n’y en aura pas de troisième », prévient-elle. La greffière consulte le calendrier des audiences et propose une date six mois plus tard.
S’ensuit une affaire de violences conjugales. Kevin* se présente devant le tribunal correctionnel qui l’avait condamné par défaut quelques mois auparavant. Mais il a formé opposition à ce jugement, expliquant qu’il n’avait pas reçu la convocation à l’audience. Il sera donc rejugé.
– J’ai été condamné à 3 mois avec sursis, affirme cet homme d’une quarantaine d’années.
– Non, monsieur ! Le tribunal vous a condamné à une peine ferme de trois mois car vous n’étiez plus accessible au sursis, rectifie énergiquement la présidente.
Son ex, victime des violences, veut tourner la page. À la question « demandez-vous des dommages et intérêts ? » elle répond d’un ton aigre teinté d’audace : « Non, votre honneur, je souhaite que cette affaire soit enterrée. »
– Nous ne sommes pas aux États-Unis, corrige la juge.
– Je veux vivre en sérénité maintenant…
– Sauf s’il vous dit à nouveau « espèce de pute, je vais te tuer »…
– C’est fini, je ne veux pas réveiller la haine, je ne veux pas qu’on le rejuge…
– Ce n’est pas à vous de décider si cette affaire doit être rejugée ou non, s’agace la juge. Une femme meurt tous les quatre jours de violences conjugales dans notre pays !
Puis, feuilletant le dossier ouvert devant elle, elle résume les faits qui ont fait déborder la coupe des violences physiques et verbales proférées pendant deux ans par l’ex-concubin de la victime. « Je vais te tuer, espèce de pute », lui a dit l’homme fortement alcoolisé alors qu’il tentait d’entrer chez elle de force. Et, parce qu’elle résistait, il s’est mis à lui serrer le cou avec son écharpe.
Bilan médical : un hématome au sein droit, un oedème sur le nez, de multiples contusions, etc., nécessitant un arrêt de travail de trois jours. L’homme a tout reconnu devant les policiers.
Deux condamnations liées à des conflits conjugaux
– Vous n’êtes pas un débutant dans le domaine des violences conjugales, fait observer la présidente. Vous avez déjà été condamné pour des faits de même nature contre une ex-concubine… Vous trouvez cela normal ?
– Non, mais maintenant je me soigne, je ne prends plus d’alcool.
– Avez-vous des documents indiquant que vous voyez un médecin ?
– Non…
– Quel était le motif des violences ?
– Depuis que ma fille a disparu, je bois…
– Ce n’est pas une raison pour frapper ! Tous les alcooliques ne frappent pas leur compagne ou leur épouse ! C’est un peu facile de se défausser sur l’alcool, non ?
Sur le casier judiciaire du prévenu trônent deux condamnations liées à des conflits conjugaux : quatre mois avec sursis pour violences accompagnées de menaces de mort, et six mois assortis d’un SME pour appels téléphoniques malveillants et menaces de mort réitérées.
« Madame J. n’est pas un punching-ball », relève le procureur, qui demande trois mois ferme.
L’homme, qui se défend seul, se montre « désolé ». « Je me sens bien maintenant… », assure-t-il d’un ton velouté.
Condamné à trois mois ferme, il reprend le chemin de la sortie, suivi de son ex, dont il se séparera juste après avoir passé la porte du tribunal.
* Le prénom a été modifié.

