Un homme est jugé pour avoir frappé sa femme devant leur fille. Un accident sur un chemin de vie sans histoire ? Le tribunal lui laissera une chance.
Souvent, ce sont les voisins qui donnent l’alerte. Cette fois, c’est la fille du couple en bagarre, âgée de 14 ans, qui l’a fait. Les policiers se présentent dans la loge d’immeuble où ils résident tous les trois. L’homme saigne au visage. Il explique que sa femme l’a poussé contre la porte vitrée de la salle de bains. C’est faux, dément cette dernière. Elle affirme que, au cours d’une dispute, son mari s’est énervé, a commencé à déchirer ses vêtements et lui a donné des coups dans le buste, le dos et les jambes. Son mari s’est volontairement blessé à la tête, assure-t-elle. Une version confirmée par leur fille, témoin de la scène. « J’ai vu que maman avait le visage tout rouge et la chemise déchirée », a raconté la jeune adolescente. Son père est devenu hystérique, il s’est mis à hurler, a-t-elle ajouté.
– « Je nie ce que ma fille a dit », conteste le prévenu devant le tribunal correctionnel qui siège ce jour-là à juge unique.
Ce dimanche matin, raconte-t-il, sa femme a été contactée par son chef, le directeur de l’hôtel où elle travaille comme gouvernante. Une dispute est née. « Je lui ai donné un coup, elle est tombée, elle m’a poussé et je me suis cogné », dit l’homme.
– « Vous reconnaissez donc l’avoir frappée, et c’est exactement ce qu’on vous reproche ! Vous lui avez percé le tympan ! » s’exclame la magistrate. Avec les contusions à l’épaule, au cou, à la jambe, l’ITT a été évaluée à 4 jours, rappelle-t-elle. Reste que cet incident s’inscrit dans un contexte relationnel plutôt harmonieux. « Vous dites beaucoup de bien l’un de l’autre, vous insistez sur le fait que vous avez fait un mariage d’amour, et vous souhaitez tous les deux rester ensemble », note la juge.
– « J’aime ma femme, je veux reprendre la vie commune, dit le prévenu, placé sous contrôle judiciaire jusqu’à l’audience, et hébergé chez un ami. Je souffre d’être éloigné d’elle, je suis désolé de ce qui s’est passé.
– Envisagez-vous une thérapie de couple pour faciliter la communication ?
– Oui, acquiesce l’homme », l’air modérément convaincu. Celui-ci cumule les emplois : gardien d’immeuble la nuit, chef d’entreprise dans le secteur du voyage le jour, et salarié à temps partiel d’une société de nettoyage, ce qui lui rapporte, en tout, environ 2500 euros par mois.
Sa femme, cheveux longs auburn comme les fleurs de sa robe printanière, se lève pour répondre aux questions du tribunal.
– « Comment voyez-vous l’avenir ? lui demande la présidente
– Je veux lui donner une chance… Il est un parfois nerveux », murmure-t-elle. Elle ne demandera aucune indemnité, pas même l’euro symbolique.
« Le temps a bien fait les choses, il a fini par reconnaître qu’il était allé trop loin , approuve la procureur. Mais l’affaire est complexe », concède-t-elle. « L’amour et les sentiments se mêlent aux violences (…) Leur souhait à tous les deux est d’entamer une thérapie de couple », approuve la magistrate du parquet, avant de requérir un ajournement de peine. Ce que l’avocat du prévenu se contentera, le plus sobrement du monde, d’ « approuver ».
« Je veux m’excuser auprès de la justice et de ma femme que j’aime », dira l’homme en dernier, les yeux larmoyants. Le tribunal le déclarera coupable, mais lui laissera une chance en reportant à six mois sa décision sur la sanction. Autorisé à reprendre la vie commune, il devra d’ici là consulter un psychologue et bien sûr ne commettre aucune infraction. Au mieux, le tribunal le dispensera de peine et lui évitera une mention de cet incident sur son casier judiciaire.
Le couple prend congé du tribunal, laissant la place à une autre histoire de violences entre conjoints. La plaignante, assise devant son avocat, est submergée par une violente émotion, comme si elle manquait d’oxygène. Sans un bruit, un groupe d’adolescents s’installe sur le banc désigné par le gendarme. Celui-ci reste posté au fond de la salle, guettant les mouvements du public.

