
Quatre infractions sont reprochées à un homme sans papiers d’identité. Il encourt sept ans de prison.
Un jeune homme de 18 ans, « X se disant… », comparaît pour quatre infractions commises un mois plus tôt : un vol aggravé, des violences sans ITT* sur un fonctionnaire de police, et un refus de se prêter au prélèvement biologique et aux prises d’empreintes digitales. Ce jeune sans papiers d’identité devait être jugé en comparution immédiate. Mais il a prétendu être mineur lors de son interpellation, ce qui impliquait l’incompétence du tribunal correctionnel et son orientation vers le parquet des mineurs. Dans le doute, le tribunal avait différé l’examen de l’affaire en attendant le résultat de l’expertise osseuse qui a finalement confirmé la majorité du prévenu. « Cela a coûté de l’argent à l’État et au contribuable ! » s’énerve d’emblée le président.
Il était 6 heures du matin à la station de métro Grands-Boulevards. Deux jeunes dont un mineur louchaient sur les sacs et les poches des passagers. Le majeur (ici prévenu) s’est assis près d’un voyageur qui dormait avec ses écouteurs plantés dans les oreilles. Il a délicatement extrait un iPhone de sa poche extérieure pendant que son compère faisait le guet. Pas de chance, l’oeil exercé d’un policier en patrouille était témoin de la scène. Les deux jeunes ont été arrêtés.
Très nerveux, le prévenu a pendant sa garde à vue tenté de se déshabiller et de se lacérer le corps. Il a, comme son complice, nié les faits. Il a aussi nié avoir volé l’autre téléphone portable que les policiers ont retrouvé sur lui, dissimulé dans sa chaussette. Il a ensuite refusé de pénétrer dans la cellule des locaux de la garde à vue et frappé le policier qui l’y forçait.
– Reconnaissez-vous, aujourd’hui, le vol de l’iPhone ? interroge le président
– Non, c’est l’autre qui l’a volé…
– Vous étiez pourtant avec lui ?
– Oui, je l’ai rencontré dans le métro…
– Mais vous l’avez vu voler ? insiste le juge
– Non…
– Ce n’est pas ce que disent les policiers…
L’homme persiste à nier. À son actif, son casier judiciaire porte la mention « néant ». « C’est normal, il n’a pas pu être identifié », explique le président, l’air navré.
L’avocat du policier évalue le préjudice à 600 euros. Quant au parquet, dont les réquisitions sont sommaires, il réclame 10 mois avec sursis ainsi que deux mois supplémentaires pour le refus de se soumettre aux prélèvements.
L’avocat de la défense, visiblement à cours d’imagination, déterre le sempiternel refrain socratique : « Le dossier pose plus de questions qu’il n’apporte de réponses (…) Il faut envoyer à cet homme un message clair et le juger avec équité. » Son client, qui encourt théoriquement sept ans de prison, sera condamné à cinq mois avec sursis pour le vol aggravé et à deux mois pour le reste, ainsi qu’à 200 euros de dommages et intérêts. Cette condamnation viendra inaugurer le casier judiciaire de « X se disant… »
* incapacité totale de travail

